L’achat d’un nouvel avion de combat fait toujours couler beaucoup d’encre et l'histoire ne se répète pas. Le JAS-39 Gripen E n'a pas rencontré dans les urnes, le même succès que le F/A-18 Hornet et a été de justesse refusé en votation populaire. Ce referendum était d’ailleurs bien légitime pour un tel investissement, qui engage notre pays pour les trente prochaines années au niveau de sa politique de sécurité. Il faut reconnaître que la la décision négative du Souverain a fortement nuis à la crédibilité de notre système de défense et son effet dissuasif a diminué. D'ici 2025, le même type d'appareil aurait aussi remplacé le F/A-18 C/D Hornet. mais il a suscité un vif débat public, où une somme de mensonges a induit le peuple en erreur.
Aux yeux de ses détracteurs, le choix du plus mauvais avion, découlait simplement de l'unique critère du prix inférieur à ses concurrents. Or le meilleur marché était dans le même temps trop cher, car il n’affichait pas les mêmes performances d'emport à longue distance. Mais la compatibilité avec la taille du F-5, la compatibilité avec les armes du F/A-18, le radar supérieur, la vitesse supérieure et l'avionique supérieure ont été balayés d'un revers de main par les opposants à l'armée. Voilà un argumentaire qui laisse songeur, car le savoir-faire de l’industrie aéronautique suédoise est reconnu et ne date pas d’hier. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les Suédois ont construit des avions de combat aussi remarquables que le J-35 Draken ou le JA-37 Viggen. Les caractéristiques des avions de combat suédois sont qu'ils sont faciles d’entretien et conçus pour pouvoir décoller et atterrir sur des pistes courtes. Le JAS-39 Gripen possède d'ailleurs ces mêmes avantages en plus de sa polyvalence. L'époque des bombardiers nucléaires biréacteurs est révolue et le temps est venu de redimentionner notre armée selon des critères plus réalistes.
L'investissement considérable en faveur d'un nouvel appareil de combat n'aurait pas du se résumer à une seule comparaison technique des performances des modèles en lice. Pour un pays comme la Suisse, qui entendait conserver sa neutralité armée, d'autres aspects politiques et industriels revêtaient une importance primordiale. Par exemple la sauvegarde de la branche aéronautique de RUAG aurait maintenu notre base industrielle de défense. Le partenariat avec la Suède était le plus réaliste et correspondait le plus aux options politiques prises par le Conseil Fédéral de nouer une coopération militaire avec un pays qui nous est proche politiquement, culturellement et économiquement.
Pays froid et neutre comme la Suisse, la Suède a été confrontée à l’évolution de son environnement géostratégique depuis les années 1990. Affichant une politique de neutralité et de non-alliance, le royaume de Suède a toujours disposé d'une base industrielle de défense importante, car il faisait reposer toute son indépendance sur un degré d’autonomie industrielle et technologique très élevé, considéré à la taille du pays. La fin de la Guerre froide a remis en cause cette doctrine et a changé profondément la donne pour l’industrie d’armement suédoise. Tout en conservant une posture de pays non aligné, non-adhérant à l’OTAN, la Suède fait le choix d’un modèle d’armée au format moindre et dédié aux opérations internationales. Bien que réduites en volume, les forces armées suédoises se doivent d'être technologiquement beaucoup plus sophistiquées. Pour le ministère de la défense, il a fallu donc faire mieux avec moins. La chute des budgets militaires a obligé les forces armées à ne lancer de futur programme d’armement qu'en coopération, car un niveau technologique suffisant ne pouvait plus être assuré dans chaque domaine. La sécurité par la coopération s'est traduite pour les Suédois, par la reconnaissance de la clause de défense mutuelle inscrite dans le traité de Lisbonne et par une participation active à certains programmes majeurs :
- drone de combat Neuron lancé par RUAG avec la France,
- missiles air-air à courte portée infra-rouge AIM-2000 Iris T avec l'Allemagne,
- missile longue portée à stato-réacteur Meteor avec l'Europe,
- munition d’artillerie Excalibur avec les Etats-Unis,
- arme antichar Next-generation Light Anti-tank Weapon (NLAW) avec le Royaume-Uni.
- missile de croisière Taurus avec l’Allemagne.
Tous ces projets auraient pu présenter un intérêt certain pour la Suisse concernant notamment notre artillerie, à la nécessité de disposer d’une arme antichar polyvalente ou encore aux missiles qui auraient équipé le JAS-39 Gripen E suisse. Au-delà du choix de l’avion, c’est donc bien d’un choix en matière de politique de sécurité dont il a été question en mai, mais le peuple ne l'a pas compris.
Source : Internet (page actualisée le 08/10/2014)

